Le 19 janvier 2026, la question de l’armement de la police municipale à Dinan a dépassé le cadre local. Elle a été évoquée sur France Inter, dans l’émission Zoom Zoom Zen, à travers une chronique de Quentin Lhui, en présence de Christine Ockrent.
Écoutez la Chronique ci-dessous :
Dans cette chronique, le journaliste Quentin Lhui revient sur l’annonce faite par Didier Lechien, maire sortant de Dinan et candidat de la droite, qui a exprimé sa volonté d’armer la police municipale au cours de son prochain mandat. Une annonce présentée comme une réponse à la montée des tensions liées notamment aux trafics de drogue, phénomène qui touche aujourd’hui aussi des villes de taille moyenne.
La chronique a cependant posé une question centrale, au-delà des constats sécuritaires : quel message envoie-t-on lorsqu’une ville comme Dinan choisit d’armer sa police municipale ? Comme l’a rappelé Quentin Lhui, une arme n’est pas seulement un outil technique. Elle est un symbole fort, qui modifie le rapport entre les forces municipales et les habitants, et transforme la nature même des interventions d’une police de proximité, historiquement chargée de prévenir, rassurer et dialoguer.
Dinan, charmante ville qui a gardé une forme de cité médiévale quasiment intacte, des ruelles pavées, des remparts. Bref, Dinan, c’est le décor parfait pour un film de Cape et d’épée. Mais c’est la une du journal hebdomadaire local, Le Petit Bleu des Côtes d’Armor, qui a retenu mon attention avec ce titre : Didier Lechien, le maire de Dinan, veut armer la police municipale. On sent dans la presse régionale que nous sommes bien entrés dans une année de municipales, à l’image de ce que je lis, c’est-à-dire un dossier complet sur la vision du maire actuel qui vise un troisième mandat. Didier Lechien, il a 63 ans. Il fait le bilan de ses 12 ans à la tête de Dinan, mais il se projette aussi sur le collectif, les travaux, l’architecture, le tourisme, la vie associative, les piscines et sur un petit encadré bleu de l’article, la nécessité d’armer la police municipale. Il faut quand même poser le contexte. Quand on est à Dinan, on est assez près géographiquement de Rennes, métropole, Rennes qui est effectivement confrontée à du trafic de drogue. Certains parlent de plaques tournantes, de vastes réseaux. Et visiblement, il y a un impact sur cette ville de Dinan, de 15 000 habitants, où la police municipale est fortement sollicitée, surtout ces dernières années, pour l’augmentation de différentes formes de délinquance, dont les trafics de drogue.
Et je pense qu’il ne faut pas le minimiser ou le nier. On avait fait une émission sur la narco-ruralité nous-mêmes et c’est vrai que les villes, même de taille moyenne, sont touchées. Ça tend certains quartiers, ça tend aussi certains habitants qui subissent au quotidien ces actes de délinquance. Et je pense sincèrement qu’il faut l’entendre ça et qu’il faut le prendre en compte, Mathieu.
Et c’est ce que veut faire ce maire, vivement.
Oui, mais en voulant armer la police municipale. Armer la police municipale, ce n’est pas une première, mais quel message on va envoyer dans une petite ville ? Comme Dinan, l’arme n’est pas qu’un outil, c’est un symbole. Une arme est chargée, donc potentiellement utilisable. Elle change le rapport entre les policiers et les habitants, mais aussi la nature même des interventions. La question n’est pas seulement sécuritaire, elle est presque philosophique, voire sociologique. Qu’est-ce que cela dit de notre société quand une police de proximité censée rassurer doit être armée sur le papier de cet article ? En tête de l’article, on lit une citation du maire: Je veux qu’il fasse bon vivre à Dinan. Je ne suis pas certain que ce soit en ajoutant des armes qu’on y arrive davantage. À Dinan, le Merci Quentin.
Christine Ockrent, si j’ose le rapprochement avec les États-Unis, là-bas, tous les policiers sont armés. On voit les dégâts que ça peut faire. Armer la police municipale, ce n’est peut-être pas la meilleure réaction, la meilleure stratégie.